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Photographies

La bataille de Hué, février 1968

Seule photographe femme sur le terrain depuis près de deux ans, Catherine Leroy a 23 ans lorsque l’offensive du Têt éclate dans la nuit du 30 au 31 janvier 1968.

Cette vaste opération surprise lancée par les forces nord-Vietnamiennes pendant les fêtes de la nouvelle année lunaire, consiste en une série d’offensives armées contre plus d’une centaine de villes du sud-Vietnam. A Hué, ancienne cité impériale de 150.000 habitants, la bataille qui va durer près d’un mois, prend un tour symbolique et restera comme l’une des plus longues et sanglantes de la guerre. Les troupes de l’armée régulière sud-vietnamienne et de l’armée américaine finissent par la gagner, maison par maison, au prix de lourdes pertes humaines. La ville, détruite à 80%, est jonchée de cadavres. Echec militaire nord-vietnamien, l’offensive du Têt est cependant considérée par tous les historiens comme une victoire politique du nord et un tournant du conflit. Elle va en effet se révéler désastreuse pour le gouvernement américain qui doit faire face à des opinions publiques intérieure et internationale révulsées par cette guerre qui n’en finit pas.

Sur place, Catherine Leroy opère d’abord avec le journaliste français François Mazure avec lequel elle sera brièvement retenue prisonnière par des soldats nord-Vietnamiens dans les tous premiers jours de l’offensive. Elle en ramène un “scoop” qui fait la couverture du numéro de Life du 16 février 1968 et qui ajoute à sa notoriété acquise l’année précédente. Alors que ses collègues la croient en train de se reposer sur ses lauriers, elle retourne à Hué à la mi-février où elle travaille, en couleur, pendant une semaine, intégrée au sein d’une unité de Marines décimée et démoralisée qui livre un combat farouche et dérisoire. Certaines de ses photographies sont publiées sur dix pages dans le magazine Look du 14 mai 1968. Le choix éditorial de cette influente publication constitue une nette prise de position contre la guerre et en dit long sur la perception américaine de l’intervention au Vietnam.
Le reportage de Catherine Leroy dont la majorité des photographies sont inédites >

Guerre du Vietnam 1966/68

De 1966 à 1968, Catherine Leroy est la seule photographe à couvrir le conflit du Vietnam en tant que correspondante de guerre. L’américaine Dickey Chapelle l’avait précédée, mais elle fut tuée en novembre 1965 lors d’un accrochage.

Les guerres américaines du Sud-Est asiatique donnèrent naissance à une nouvelle génération de grands photographes de combat, notamment: David Douglas Duncan en Corée; Eddie Adams, David Burnett, Larry Burrows, Gilles Caron, Henri Huet, Philip Jones Griffith, Don McCullin, John Olson, Tim Page, Kyoichi Sawada et Christian Simonpietri au Vietnam. Un univers éminemment masculin, souvent très sexiste.

Les quelques femmes photographes de conflit d’après la seconde guerre mondiale étaient militaires, à l’exception notable de Margaret Bourke White de Life qui, dans les années 1950, couvrit la guerre de Corée, embedded avec les troupes sud coréennes.

Avec le Vietnam, on trouve un peu plus de femmes chez les journalistes: Michèle Ray, Gloria Emerson, Kate Webb. Les femmes photographes apparaissent vraiment à partir de 1969: les anglo-saxonnes Barbara Gluck-Treaster, Nancy Moran, Sarah Errington ; les françaises Christine Spengler, Françoise Demulder, Marie-Laure de Decker.

Ailleurs

Dans les années 1970 et 1980, Catherine Leroy court le monde, la plupart du temps sur des points chauds, multipliant les sujets les plus divers, comme beaucoup de confrères de sa génération : Somalie, Libye, Gabon en Afrique; Liban, Egypte, Irak, Jordanie, Gaza, au Moyen-Orient, en Iran aussi où elle couvre la révolution et le retour de l’ayatollah Khomeiny en 1979; Afghanistan, Pakistan et Chine en Asie, mais aussi au Japon où elle se passionne pour les créateurs de mode.

Elle sillonne également l’Europe : en 1972 elle est en Irlande du Nord pendant la guerre civile, mais elle fait également des incursions sur des territoires plus calmes comme l’Italie d’où elle ramène en 1981 des images du Vatican et même du carnaval de Venise.

L’ensemble des photographies de Catherine Leroy sont en cours de répertoriation et de numérisation. Les quelques images de Beyrouth prises en 1976 et 1982, qui sont incluses dans la courte sélection sur l’interminable guerre civile au Liban (1974/1982) présentée ici, font partie du travail qui lui a valu la prestigieuse médaille d’or Robert Capa décernée en 1976 par l’Overseas Press Club of America.

Vietnam, 1966-1968 The Vietnam War, 1966-1968. © Dotation Catherine Leroy